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Publié par Maitre Po, devin

Le Musée du Luxembourg présente la double particularité d'être à la fois un des plus petits de Paris, et un des plus chers. De plus, il ne présente pas de collection permanente... Comment dans ces conditions s'étonner qu'il ferme à la fin du mois, même si la qualité de ses expositions laisse à chaque fois le visiteur émerveillé ?

 

Tiffany, Couleurs et Lumières sera la dernière de l'année 2010, et normalement la dernière tout court. Un feu d'artifice, une apothéose, tant cette exposition est exceptionnelle ! Il ne reste plus que quelques jours, courez-y !

Regroupant quelques 160 oeuvres, principalement à base de verre (vitraux, vases et lampes), mais aussi bijoux ou aquarelles, elle est déclinée en six thèmes, correspondant aux diverses époques de l'activité du maître verrier. Suivez le guide. 

Il y a Tiffany Père et Tiffany Fils. Comme Dumas. Ou Delon, toutes proportions gardées. Dans la famille Tiffany, on peut demander Louis Comfort, le fils, celui de l'expo. Ou celui du petit-déjeuner,  le père, le bijoutier, Charles. Né en 1848, Louis part à vingt ans pour se consacrer à ce qu'il croit être une passion, l'aquarelle, et reste deux ans à Paris. Il ratera la marche impressionniste pour se lancer dans l'orientalisme, sans réelle innovation, comme en témoigne ce tableau réalisé au Maroc. 

Avant de revenir aux Etats-Unis, il séjourne à Londres où il découvre les préraphaélites et surtout l'Art Nouveau, tendance qu'il adoptera. Conscient de la limite de ses oeuvres, il y rajoute alors une nouvelle dimension, la lumière, en se servant du verre. Il devient décorateur d'intérieur. Son père l'introduit dans les intérieurs des plus puissantes familles américaines, lui permettant même d'accéder à la Maison Blanche.

Mais le succès viendra de Samuel (ex-Siegfried) Bing, galériste et mécène français, promoteur de l'Art Nouveau en Europe. Celui, conquis par l'excellence de son travail, passe un contrat d'exclusivité avec Louis Comfort Tiffany pour la distribution de ses verres en Europe. Et ses vases, dessinés par Bonnard, Toulouse-Lautrec ou Vuillard, assureront  au verrier américain une reconnaissance internationale. 

Louis Comfort se consacre désormais totalement au verre. Et c'est dans le vitrail, domaine pourtant limité, qu'il innove techniquement. Pour rendre le mouvement de l'eau, il plisse le verre. Pour restituer une opacité, il superpose les couches. Pour multiplier les détails, il combine différentes sortes de verre. 

Il visite en 1889 les ateliers d'Emile Gallé à Nancy. Fortement inspiré de l'oeuvre du maître nancéien, il choisit cependant une approche différente en basant plus ses oeuvres sur la matière, laissant la nature s'exprimer, utilisant les accidents du verre et en en conservant les aspérités. 

Mais c'est avec les lampes que le talent de Tiffany s'exprime réellement. La lumière au service de la lumière. Le vitrail au service de la lampe. Inspirée par la nature, chaque oeuvre est différente, comme la suite de l'exposition va le montrer.

À suivre...

 

[Tiffany, Couleurs et lumières, Musée du Luxembourg, jusqu'au 17 janvier 2010]
[Exceptionnellement, les photos, étant interdites lors de l'exposition, ne sont pas de l'auteur]

Commenter cet article

M

je suis aller visiter evidemment cette exposition , ayant eu le renseignement par un forum venant du quebec !!!je fait aussi du vitrail ( plomb et Tiffany ) que de merveilles , nous y sommes restés
plus de 3 heures et a la sortie , je decidais de tout arreter devant un tel maitre !!!ce serait lui faire injures que de continuer a l immiter !!!nous verrons dans qqs temps !!! jc


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M

Bonsoir Jean-Claude.
Sans bien évidemment juger de la qualité de ton travail puisque je ne le connais pas, je dois dire que les oeuvres apparentées à Tiffany que l'on voit à droite ou à gauche sont bien loin des
oeuvres originales présentées dans cette exceptionnelle exposition !
D'un autre côté, sans nécessairement l'imiter, il est toujours possible de s'en inspirer, non ? ;-)


L

Quelle merveille d'expo. Je n'ai jamais eu le courage d'aller au Luxembourg, trop d'attente et de monde pour moi mais les sujets choisis sont toujours fascinants.


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M

Tu n'as pas eu le courage d'y aller. Désormais, c'est l'occasion que tu n'auras plus ;-Þ


N

Tes préjugés je pense, mais tu fais ce que tu veux de tes loisirs. Dire que je voyais déjà l'article caustique !!!


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M

Caustique, je sais pas, mais encaustique, y a des chances ;-Þ
Oui, je sors sur-le-champ ;-)


N

La seule réponse, aller y faire un tour, en laissant de coté préjugés. C'est peut-être cela le plus difficile pour aborder l'art contemporain.
Mais je rassure les amateurs de Beau, il reste encore et heureusement des courants picturaux qui reviennent à l'esthétique classique (qui remonte à la Grèce Antique puis à la Renaissance) et qui a
prévalu jusqu'au début du siècle dernier.
Boltanski est artiste de l'accumulation (Arman), mais de tout nait le rien (la mort, son thème favori). La mort et la destruction n'ont pas besoin de beau. Tu as aussi des sons qui renforcent
l'ambiance et répondent donc à la notion d'installation. Tu pourras toujours, à quelques encablures de là, plonger dans l'univers si poétique des nymphéas à l'Orangerie. Une autre "installation"
toute en magie, comme l'univers de Tiffany.


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M

Je ne sais pas ce qui est le plus difficile, y aller ou laisser de côté ses préjugés ? ;-)
Mais je suis d'accord avec toi sur une chose :
De tout naît le rien ;-Þ


A

"Courez-y ". Il en a de bonnes, Maître Po ! Façon, même avec la célérité de Speedy Gonzalès, je ne serais pas arrivée avant la fermeture, alors...!
Donc, merci de m'avoir offert cette visite - courte, mais si bien documentée. La Beauté est une nourriture...
Et ce Blog, le plus extraordinaire garde-manger !


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M

Oui, Maître Po, il en a de bonnes... commentatrices.
La Poésie est  ton pays, et tes commentaires, ses plus merveilleux ambassadeurs ;-)


N

Là tu ouvres un débat sans fin qui revient à poser cette question "qu'est-ce que l'art aujourd'hui ?".
http://www.lyseo.edu.ouka.fi/kuvataide/albums/album02/Christian_Boltanski_macval_Monument_1986.jpg

Déjà, les notions de l'esthétique "classique", le beau, le laid ont volé en éclats... pour les artistes, pas pour le grand public. Depuis plus de 50 ans l'art se conceptualise, avec du très mauvais
et du très bon. Le problème est que nous n'avons pas forcément les codes pour comprendre les oeuvres, et c'est cette inaccessibilité qui creuse de plus en plus les frontières.
Je pense aussi que nos sociétés font trop appel à l'artiste pour des combats qui n'ont rien d'artistiques, et qui relèvent des grands absents : les penseurs. Je ne dis pas que le plasticien,
puisqu'on ne parle plus de peintres ne doit pas avoir sa vision du monde, mais je suis trop marquée par cette esthétique classique qui reste encore une source d'émotion.
Alors qu'est-ce qui fera que Boltanski sera considéré comme un plasticien (et enseignant aux Beaux-Arts à Paris) ? D'une part un parcours classique et de l'autre des expérimentations à partir de
matériaux tels que vieilles photos, livres, vêtements. C'est un artiste de l'accumulation, et son discours se tourne vers la mémoire, la destruction. Il ne cherche donc pas à rester dans
l'esthétique, mais à provoquer chez le spectateur une interrogation au-delà du Beau et du laid. Le dialogue avec le visiteur ne se situe pas dans une relation à la matière picturale - puisqu'elle a
disparu - mais par l'ambiance qui se dégage de la globalité. Il cherche à provoquer un ressenti, une interrogation via l'ambiance.
C'est bien là toute la problématique de l'art dit contemporain où il nous faut faire abstraction de notre jugement premier (j'aime, j'aime pas, c'est laid) mais plutôt nous poser la question =
pourquoi est-ce que je trouve cela laid ?
Pardon si j'ai été un peu prolixe. Je cherchais juste à partager mes maigres connaissances en ce domaine.


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M

Je bois littéralement tes paroles, Nadja...
Mais je reste sceptique devant l'art de Boltanski, comme j'avais pu l'être en son temps devant celui de Serra. Monumenta est décidément pour moi une source de surprises infinies ;-)


N

Au Grand Palais tu as une installation de C. Boltanski dans le cadre de la Monumenta (manifestation d'art contemporain). A l'opposé de l'univers feutré de Tiffany, mais à voir aussi je pense, un
autre univers qui parle de la mémoire pour cet artiste marqué par la guerre, la mort. Boltanski est le compagnon d'Annette Messager. Il représentera la France à la biennale 2011 de Venise.


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M

Ne me parle pas de Boltanski (c'est marrant, je cherchais son nom pas plus tard que cet après-midi), c'est une monstruosité, cette exposition. Peut-on appeler ça de l'art ? ;-)


N

Pfft, oui j'avais lu, je m'en remettrais tu crois ?
Ben je me consolerai avec Orsay et le musée Jacquermart (rien que pour les Fragonards et le salon de thé).
Tu as aussi le petit musée Moreau dans son atelier (dans le 9ème, métro St Georges ou NDLorette).
En plus il n'y a pas trop de monde, tu peux méditer tranquille.
Si tu veux changer d'ambiance, va au Grand Palais, mais pas sûre que tu apprécies.


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M

Oui, le salon de thé de Jacquemart-André console ;-Þ
Qaunt au musée Gustave Moreau, je le conseille doublement : à cause des oeuvres, évidemment, mais aussi parce que les photos sont autorisées ;-)

Plutôt le Petit Palais que le Grand !
(et en plus, il est gratuit)


N

Triste que la fermeture d'un musée. Le verre, une de mes passions aussi. J'espère que j'aurai le temps de venir voir cette exposition. J'aime cet univers art déco. Dommage qu'on ne puisse cliquer
sur les photos pour percevoir la richesse du travail.


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M

Nadja... comment te dire... cette exposition est terminée depuis dimanche soir.
Désolé ;-)


K

Une exposition à ne pas manquer, oui, c'est sûr !

Les vases de Tiffany étaient présentés pour la première fois en France, il y a 72 ans, au Musée du Luxembourg, ironie du sort, ils feraient donc partie de la dernière exposition... que c'est triste
!
Comme tu le soulignes, il y a d'autres musées à Paris, mais peut-être pas dans un aussi beau jardin ^_^

"Et ses vases, dessinés par Bonnard, Toulouse-Lautrec ou Vuillard...", euh, il me semble qu'il a copié leurs oeuvres pour en faire des vitraux ;-Þ
Merci pour celui de "La Goulue" ;-)

Bon dimanche Po-san, je continue la visite.


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M

Des musées avec un aussi grand jardin que celui du Luxembourg, c'est vrai, c'est rare, mais il y a Cernushi, qui donne sur le parc Monceau, ou Jacquemart-André, ou même Rodin. Une promenade dans le
jardin du Musée Rodin vaut le détour ;-)


M

je me régale !

quel dommage que ce musée ferme ; pauvres enfants que les nôtres ! (ils se consolent à la console)


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M

Moi qui fais pas mal des deux (m'amuser au musée et me consoler à la console), je dois avouer que les deux constituent un cocktail intéressant ;-)

Et puis, il reste encore un paquet de musées à Paris ;-Þ


N

Merci Maître Po pour cet article si riche, si dense et qui m'apprends, béotienne que je suis, tout un tas de choses que j'ignorais sur la saga Tiffany ... De ce maître verrier, je ne connaissais
que ses splendides lampes Art Nouveau qui me font rêver d'envie ! Au passage et en retard (mais le cœur y est), je te souhaite une excellente année 2010, aussi riche, belle et intense que 2009.
Surtout, continue de nous enchanter avec de tels billets aussi merveilleux sur des univers inaccessibles !


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M

Excellente année à toi aussi, Nanne ! ;-)
Très prochainement, je ferai quelques articles sur Teotihuacan. J'espère que je réusssirai à t'intéresser aussi à l'histoire de la Cité des Dieux :-Þ


Q

Je m'excuse d'avance MP, je passe car j'aime tes articles c'est certain même au risque de ne pas être très originale en ce moment, mais j'ai les idées brumeuses et la tête ailleurs...mon pbm: le
boulot...
Merci pour ces articles toujours aussi intéressants.


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M

Merci, QG, de passer ainsi embrumée ;-Þ
Et cela va s'arranger, j'en suis sûr ;-)


C

je serais sur taverny ;) ... pris dans la famille de mon chéri pour les un an de sa petite filleule et nièce ;)


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M

Après, c'est un choix ;-Þ


B

Et le verre vient du sable... comme tout le monde le sait (hum)...


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M

verre : Substance solide, transparente et cassante, obtenue par la fusion d'un sable siliceux avec du carbonate de sodium ou de potassium...
...comme chacun sait ;-Þ


J

Bonjour cher Maître,
un article intéressant et bien documenté sur un art que je connais assez peu...
la découverte devient un plaisir
amicalement
jean-marie


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M

Bonsoir jm²  ;-)
Les photos ne peuvent pas rendre l'impression que suscite chez le visiteur, la beauté de ces oeuvres...


Q

C'est magnifique !!!

Là, tu vois, je vais avouer ma totale ignorance.

Pour moi, Tiffany, ce n'était qu'un nom, que, bizarrement, je ne reliais à rien. :(

Alors, bien évidemment, je serai là pour la suite. :-)


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M

Je pense faire deux ou trois articles...
Je n'aime pas trop faire des articles illustrés par d'autres photos que les miennes. Mais c'est le prix à payer, les photos étaient interdites ;-Þ


M

Magnifique ces verreries. Encore bravo pour votre blog, il permet bien de se cultiver sans trop de recherches, ça me convient bien :)

bonne journée


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M

Le confort sans l'effort... merci de ta visite, Maelis ;-)


C

il est toujours regrettable de voir des musées fermer leurs portes, et ce de manière définitive ... je n'aurais donc pas la chance de m'y rendre pour voir de mes yeux ...

en tout cas, merci à toi, de nous le faire découvrir


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M

Ben, tu fais quoi, ce week-end ? ;-Þ


A

je ne connaissais jusque là que les miroirs Tiffany avec les mêmes morceaux de lumière cerclés de plomb.


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M

Je vais te faire un aveu, je ne connaissais que les lampes ;-Þ
L'exposition ne parlait à aucun moment de ces miroirs, il doit s'agir d'une invention récente ;-)